Catherine Rossignol artiste-peintre à Orléans fut longtemps professeur de Sciences Physiques dans mon lycée...grande voyageuse, à l'écoute des cultures et des arts du monde, amatrice de calligraphie elle éclaire désormais nos regards avec ses créations colorées et ondoyantes
aujourd'hui je l'accueille sur le blog afin qu'elle nous fasse partager ses réflexions sur les rapports entre l'Art et la Science
tu as la parole Catherine:
ART et Science
A écouter les réflexions autour de soi, on a souvent l'impression qu'il y a incompatibilité entre l'Art et la Science. Peut-on être scientifique et artiste à la fois? ou plus modestement, s'intéresser aussi bien à l'un qu'à l'autre ?
Les artistes ont été longtemps vus comme des artisans. Ils devaient d'ailleurs fabriquer eux-mêmes leur matériel et faisaient montre d'un grand savoir faire. Rares sont maintenant les peintres qui fabriquent leurs couleurs, et la plupart utilisent les progrès de la technique et les matériaux nouveaux mis au point par la science.
(radiographie d'un cheval de cire de Degas)
Avec les études d'oeuvres aux rayons X, infrarouges, ultraviolets, un nouvel éclairage peut être apporté sur l'histoire d'un tableau et le cheminement de la pensée de l'artiste. Les recherches de son époque ont pu entraîner celles d'un artiste comme Seurat, après les impressionnistes, qui utilise les lois des contrastes simultanés et cherche à reproduire les couleurs par juxtaposition de taches, à peu près ce que fait notre télévision en pratiquant la synthèse additive des couleurs.
( oeuvre de Seurat poseuse 1887 )
Car la vision du peintre est liée, qu'il le veuille ou non, à l'air du temps et aux connaissances acquises devenues des évidences: qui songerait actuellement à représenter l'arc en ciel en trois couleurs : rouge-jaune-vert, en ordre quelconque, comme dans les enluminures du Moyen Âge? Le spectre de décomposition de la lumière blanche de Newton est maintenant dans tous les regards... et celui qui a inventé le cercle chromatique des peintres est un poète, Goethe, qui place les couleurs dans un ordre suivant rigoureusement celui des longueurs d'onde... mais il prend la liberté de former un cercle, et il ramène donc le rouge à côté du violet... mystère de la perception des couleurs que la physiologie peut expliquer.
En effet, l'artiste est libre. Il peut (en tous cas le peintre, une fois assimilées les contraintes du cadre et des matières utilisées), s'affranchir des contraintes de la physique et représenter ce qui n'existe pas. Il en est d'ailleurs conscient, car un peintre, même dans le domaine de l'abstraction, est un dessinateur. Et en tant que tel, c'est un observateur du réel ... comme un scientifique... Les deux savent regarder et voir ce qu?il y a à voir et non pas ce qu'ils sont supposés y voir.
(machine militaire: catapulte géante par L.da Vinci 1499)
Peut-on donner un exemple plus prestigieux que celui de Léonard de Vinci, ingénieur, inventeur, architecte et dessinateur prodigieux passionné d'anatomie au point d'enfreindre les lois de son temps pour se livrer à la dissection ...?

( perspective impossible: cube aux rubans par M.C. Eischer 1957)
Il y aurait aussi beaucoup à dire sur l'emploi de la perspective, où le peintre a besoin d'être un peu mathématicien. Mais il sait pertinemment, comme le physicien, qu'il ne s'agit que d'un artifice pour donner une illusion de profondeur à une image plane. Alors il s'en sert, ou en détourne les règles, tout cela pour donner à son oeuvre encore davantage de sens : spiritualité des "Annonciations"du Quattrocentro... avec la chambre noire, composition des tableaux de Vermeer... Mais il faut aussi voir les oeuvres de Escher, pour y découvrir l'humour des situations apparemment très naturelles et pourtant rigoureusement impossibles.
Avec les architectes, les sculpteurs sont ceux pour qui la science est intimement liée à leur art. Ils ne peuvent créer aucune oeuvre sans se plier aux lois de la physique. Si un peintre peut prendre toutes les libertés avec la réalité sur sa toile, le sculpteur, lui, réalise dans la matière même des objets qui, pour être évocateurs, chargés d'émotion, n'en sont pas moins tenus de rester debout grâce aux lois de la mécanique. C'est bien là le défi relevé par beaucoup d'artistes dans les statues équestres, davantage encore quand le cheval est cabré, car c'est un instantané du mouvement, donc image de l'instabilité, dans une oeuvre immobile, donc stable. Les astuces employées pour donner l'illusion relèvent de la pure physique. Mais le résultat fait oublier la prouesse technique et donne à rêver.
Les artistes et les scientifiques sont des observateurs du monde dans lequel ils vivent. Ils en sont des inventeurs, au sens où ils découvrent et font découvrir, avec plus ou moins de bonheur, parfois dans une grande solitude, une nouvelle vision de l'univers. Ils amènent à découvrir ce qui est invisible au premier coup d'oeil. Chaque fois leur tâche accomplie, ils continuent leur recherche pour progresser dans la connaissance. Cela fait d'eux des expérimentateurs permanents, mettant en oeuvre une grande imagination, et se plaçant souvent en décalage par rapport aux idées reçues.
Alors quoi d'étonnant à ce que des scientifiques s'intéressent à l'Art et s'essaient à en pratiquer un ? Et pourquoi un artiste n'aurait-il pas une curiosité scientifique? Bien sûr, tous ne franchissent pas la lisière entre ces deux univers. Pourtant, la curiosité et le goût de la recherche sont parmi leurs points communs. Scientifiques et artistes s'appliquent à comprendre le monde et à en faire partager leur vision. Et ils sont tous au même titre des hommes pétris d'émotions.
Catherine Rossignol,
ancien professeur de Sciences Physiques et peintre en activité
pour en savoir davantage :
- Histoires de tableaux (Daniel Arasse-Folio Essais)
- L'Art et la Science? L'esprit des chefs-d'oeuvre? (J.P.Mohen - Gallimard Découvertes)
- Les matériaux de la couleur ( F.Delamare et B.Guineau - Gallimard Découvertes)
aujourd'hui je l'accueille sur le blog afin qu'elle nous fasse partager ses réflexions sur les rapports entre l'Art et la Science
tu as la parole Catherine:
ART et Science
A écouter les réflexions autour de soi, on a souvent l'impression qu'il y a incompatibilité entre l'Art et la Science. Peut-on être scientifique et artiste à la fois? ou plus modestement, s'intéresser aussi bien à l'un qu'à l'autre ?
Les artistes ont été longtemps vus comme des artisans. Ils devaient d'ailleurs fabriquer eux-mêmes leur matériel et faisaient montre d'un grand savoir faire. Rares sont maintenant les peintres qui fabriquent leurs couleurs, et la plupart utilisent les progrès de la technique et les matériaux nouveaux mis au point par la science.
(radiographie d'un cheval de cire de Degas)Avec les études d'oeuvres aux rayons X, infrarouges, ultraviolets, un nouvel éclairage peut être apporté sur l'histoire d'un tableau et le cheminement de la pensée de l'artiste. Les recherches de son époque ont pu entraîner celles d'un artiste comme Seurat, après les impressionnistes, qui utilise les lois des contrastes simultanés et cherche à reproduire les couleurs par juxtaposition de taches, à peu près ce que fait notre télévision en pratiquant la synthèse additive des couleurs.
( oeuvre de Seurat poseuse 1887 )Car la vision du peintre est liée, qu'il le veuille ou non, à l'air du temps et aux connaissances acquises devenues des évidences: qui songerait actuellement à représenter l'arc en ciel en trois couleurs : rouge-jaune-vert, en ordre quelconque, comme dans les enluminures du Moyen Âge? Le spectre de décomposition de la lumière blanche de Newton est maintenant dans tous les regards... et celui qui a inventé le cercle chromatique des peintres est un poète, Goethe, qui place les couleurs dans un ordre suivant rigoureusement celui des longueurs d'onde... mais il prend la liberté de former un cercle, et il ramène donc le rouge à côté du violet... mystère de la perception des couleurs que la physiologie peut expliquer.
En effet, l'artiste est libre. Il peut (en tous cas le peintre, une fois assimilées les contraintes du cadre et des matières utilisées), s'affranchir des contraintes de la physique et représenter ce qui n'existe pas. Il en est d'ailleurs conscient, car un peintre, même dans le domaine de l'abstraction, est un dessinateur. Et en tant que tel, c'est un observateur du réel ... comme un scientifique... Les deux savent regarder et voir ce qu?il y a à voir et non pas ce qu'ils sont supposés y voir.
(machine militaire: catapulte géante par L.da Vinci 1499)Peut-on donner un exemple plus prestigieux que celui de Léonard de Vinci, ingénieur, inventeur, architecte et dessinateur prodigieux passionné d'anatomie au point d'enfreindre les lois de son temps pour se livrer à la dissection ...?

( perspective impossible: cube aux rubans par M.C. Eischer 1957)
Il y aurait aussi beaucoup à dire sur l'emploi de la perspective, où le peintre a besoin d'être un peu mathématicien. Mais il sait pertinemment, comme le physicien, qu'il ne s'agit que d'un artifice pour donner une illusion de profondeur à une image plane. Alors il s'en sert, ou en détourne les règles, tout cela pour donner à son oeuvre encore davantage de sens : spiritualité des "Annonciations"du Quattrocentro... avec la chambre noire, composition des tableaux de Vermeer... Mais il faut aussi voir les oeuvres de Escher, pour y découvrir l'humour des situations apparemment très naturelles et pourtant rigoureusement impossibles.
Avec les architectes, les sculpteurs sont ceux pour qui la science est intimement liée à leur art. Ils ne peuvent créer aucune oeuvre sans se plier aux lois de la physique. Si un peintre peut prendre toutes les libertés avec la réalité sur sa toile, le sculpteur, lui, réalise dans la matière même des objets qui, pour être évocateurs, chargés d'émotion, n'en sont pas moins tenus de rester debout grâce aux lois de la mécanique. C'est bien là le défi relevé par beaucoup d'artistes dans les statues équestres, davantage encore quand le cheval est cabré, car c'est un instantané du mouvement, donc image de l'instabilité, dans une oeuvre immobile, donc stable. Les astuces employées pour donner l'illusion relèvent de la pure physique. Mais le résultat fait oublier la prouesse technique et donne à rêver.
Les artistes et les scientifiques sont des observateurs du monde dans lequel ils vivent. Ils en sont des inventeurs, au sens où ils découvrent et font découvrir, avec plus ou moins de bonheur, parfois dans une grande solitude, une nouvelle vision de l'univers. Ils amènent à découvrir ce qui est invisible au premier coup d'oeil. Chaque fois leur tâche accomplie, ils continuent leur recherche pour progresser dans la connaissance. Cela fait d'eux des expérimentateurs permanents, mettant en oeuvre une grande imagination, et se plaçant souvent en décalage par rapport aux idées reçues.
Alors quoi d'étonnant à ce que des scientifiques s'intéressent à l'Art et s'essaient à en pratiquer un ? Et pourquoi un artiste n'aurait-il pas une curiosité scientifique? Bien sûr, tous ne franchissent pas la lisière entre ces deux univers. Pourtant, la curiosité et le goût de la recherche sont parmi leurs points communs. Scientifiques et artistes s'appliquent à comprendre le monde et à en faire partager leur vision. Et ils sont tous au même titre des hommes pétris d'émotions.
Catherine Rossignol,









B.1) bien que la réponse ne soit pas évidente ...

de 0 à 2ms et de 10 à 12ms la charge "bobine+accumulateur" est en court-circuit (en fait c'est la décharge de la bobine qui continue à charger l'accu)
2) possibilité d'observer deux directions en simultané, très pratique pour les manoeuvres et pour observer à l'arrière de l'embarcation les autres bateaux de la flotille